Alliance contre-nature
Pour faire face à l’avancée du M23/RDC, le Gouvernement congolais a appelé à la mobilisation de tous les groupes armés locaux, pour la neutralisation desquels il avait proclamé l’état de siège[1] une année auparavant. Depuis, les membres de ces dizaines de groupes armés ont combattu côte-à-côte avec les FARDC pour contenir l’expansion du M23.
Malheureusement, cette coalition n’a pas suffi à mettre en échec le M23/RDF, qui les a repoussés, au point de contrôler aujourd’hui une bonne partie du Nord-Kivu[2] et du Sud-Kivu. Autant le M23 commet de très nombreuses violations des droits humains et du DIH, autant les Wazalendo, dans la partie encore sous contrôle du gouvernement congolais en commettent. Ainsi, selon le BCNUDH[3], les Wazalendo viennent en deuxième position parmi les groupes armés auteurs des violations et atteintes aux droits humains, juste derrière le M23.
En territoires de Lubero et de Beni, ainsi qu’en ville de Butembo, où on observe une forte concentration de ces groupes, on compte un nombre important de cas plus ou moins documentés d’atteintes aux (pour nous ce sont des violations des ) droits de l’homme qui sont imputables aux Wazalendo, dont les attaques n’ont pas visé seulement des civils[4].
Totem d’immunité accordé par les autorités
L’absolution dont ils bénéficient ne se limite pas à l’érection des barrières où ils rançonnent ouvertement les passants. Ils procèdent à des arrestations et détentions (enlèvements), ils pratiquent la torture dans leurs positions, menacent ceux qui documentent leurs actes, et de nombreux assassinats leur sont imputables.
Quelle que soit la gravité de leurs actes, les autorités ne bougent pas d’un pouce. On dirait qu’ils commettaient ces actes sur des animaux. Les rapports des organisations et de la Monusco n’y font rien. De nombreuses dénonciations et plaintes ont été portées à la connaissance des autorités politiques, militaires et judiciaires, en vain. On détourne le regard.
Une balle dans son pied
La mobilisation aveugle, la dotation d’armes et munitions, l’impunité accordée à ces milliers de personnes n’augure rien de bon pour la RDC. Quelle que soit le sort que le gouvernement réserve aux Wazalendo, démobilisation ou intégration au sein des FARDC, le grain de la criminalité est déjà semé et arrosé.
A ce rythme, et si des mesures drastiques ne sont pas prises dès maintenant, on est en train de s’enfoncer dans un chaos parfaitement prévisible et évitable, mais que les autorités congolaises, par lâcheté ou par irresponsabilité, choisissent d’ignorer. On ne dira pas qu’on ne l’avait pas vu venir.
Appel patriotique
COLIBRI RDC asbl réclame justice, et appelle les autorités congolaises à se pencher en toute responsabilité sur la question des Wazalendo, avant qu’il ne soit vraiment trop tard.
[1] Ordonnance n° 21/015 du 03 mai 2021 portant proclamation de l’état de siège sur une partie du territoire de la RDC
[2] Le M23/RDC contrôle entièrement la ville de Goma, largement les territoires de Rutshuru, de Walikale, de Nyiragongo, de Masisi, et partiellement le territoire de Lubero.
[3] https://monusco.unmissions.org/sites/default/files/2026-04/BCNUDH%20-%20Communiqu%C3%A9%20de%20Presse-%20Note%20Mensuelle-%20Janvier%20%202026.pdf
[4] Ils ont notamment en plus attaqué la position de la Monusco en date du 26 juillet 2022, ayant fait plusieurs morts de part et d’autre ; le meurtre d’un officier de la Police nationale avec ses gardes en date du 24 août 2022 sur la Grand-Route et l’attaque de la résidence d’un officier supérieur sur avenue Walikale le 26 novembre 2022, avec aussi des morts de part et d’autre.