Butembo, le 10 octobre 2025
____________
L’organisation citoyenne et de défense des droits de l’homme Colibri RDC exprime sa profonde indignation face aux révélations du Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), publiées le 24 septembre 2025, sur la gestion scandaleuse du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités armées de l’Ouganda (FRIVAO).
Ce Fonds, créé en 2019 pour canaliser les réparations décidées par la Cour internationale de justice (CIJ) — soit 325 millions de dollars que l’Ouganda doit verser à la RDC — devait redonner dignité et justice aux milliers de Congolais victimes de la guerre de Kisangani.
Or, selon le rapport du CREFDL dont le titre est « Siphonage de 195 millions de dollars alloués aux victimes de la guerre de Kisangani, un autre crime financier qui attend réparation », moins de 2 % des montants déjà versés (195 millions de dollars entre 2022 et 2024) auraient réellement atteint les victimes. Le reste a été dilapidé dans un réseau de corruption, d’enrichissement personnel et d’opérations bancaires douteuses :
• Multiplication de comptes occultes, dont sept sous contrôle direct du ministère de la Justice ;
• Retraits en espèces de plusieurs millions de dollars non justifiés ;
• Utilisation de 4,2 millions USD des fonds des victimes pour financer un bureau de change privé ;
• Achats illégaux de véhicules pour des fonctionnaires et versements d’« avances » injustifiées à des administrateurs publics ;
• Absence totale de reddition de comptes dans les lois de finances nationales.
Colibri RDC considère que ce pillage constitue une atteinte à la mémoire des victimes, déjà meurtries par la guerre et trahies aujourd’hui par l’État censé les défendre. C’est une insulte à la mémoire des victimes et de la Cour qui leur a cru remettre celles-ci dans leurs droits.
Pour Colibri RDC, la condamnation récente de l’ex-ministre de la Justice Constant Mutamba à dix ans de travaux forcés, et l’arrestation du coordonnateur du FRIVAO Chançard Bolukola, ne suffisent pas à solder ce scandale. La chaîne entière de responsabilité politique et administrative doit être établie : des ministres aux gestionnaires bancaires, en passant par les structures de contrôle restées silencieuses.
Colibri RDC souligne que l’absence de transparence budgétaire autour du FRIVAO viole les principes fondamentaux de gouvernance publique. Il est inadmissible qu’un mécanisme de réparation ordonné par la CIJ devienne un instrument de détournement, au moment même où l’Ouganda poursuit ses versements annuels.
Ce scandale porte atteinte à la crédibilité internationale de la RDC, qui risque de perdre la confiance de ses partenaires et de discréditer la cause légitime de ses victimes.
Par ailleurs, Colibri RDC tient à préciser que contrairement à ce qui est souvent distillé dans l’opinion, les réparations dues par l’Ouganda concernent toutes les victimes des activités armées de l’Ouganda en RDC de la période 1999-2003. Elles ne concernent pas que les victimes de Kisangani. Si celles-ci sont les plus nombreuses, (ce qui n’est pas sur) elles ne sont cependant pas les seules. Il y en a des milliers d’autres en Ituri et dans le Nord Kivu. Les victimes de ces deux provinces sont autant concernées que celles de Kisangani.
Pour mémoire, déjà depuis 2020, avant même que la Cour internationale de justice ne prononce son arrêt, Colibri RDC sensibilisait et encadrait ces victimes pour qu’elles soient en même de faire attendre leur voix et bénéficier légitimement de ces indemnisations. Notre organisation a même écrit au Ministre de la justice pour cette fin. Nous appelons ainsi au respect et à la considération de toutes les victimes et surtout à répartir conformément au préjudice subi, ces indemnisations décidées par la Cour.
Fidèle à sa mission d’apporter sa part aux droits de l’homme, Colibri RDC formule les demandes suivantes :
1. L’ouverture d’une enquête indépendante couvrant la période 2022–2025, incluant tous les gestionnaires, les ministres successifs et les institutions financières impliquées ;
2. La restitution intégrale des biens mal acquis et la publication de l’audit de la Cour des comptes ;
3. La suspension de tout nouveau décaissement jusqu’à la mise en place d’un dispositif de gouvernance transparente et participative ;
4. L’intégration des représentants des victimes dans le suivi des réparations
5. La prise en compte des victimes de l’Ituri et du Nord Kivu aussi bien dans les discours que dans la mise en œuvre des réparations conformément à l’esprit de l’arrêt de la CIJ.
Le détournement des réparations de guerre est une double blessure : à la justice et à la dignité. Ainsi, Colibri RDC en appelle à la conscience morale du gouvernement, au Parlement, à la Cour des comptes et à toutes les institutions de contrôle pour que la vérité soit faite et que chaque dollar détourné soit restitué. Les victimes n’attendent pas la charité : elles attendent la justice. Tant que l’argent du sang circulera dans les poches de quelques-uns, la paix elle-même restera compromise.
Pour Colibri RDC, le Bureau de Coordination
